Publié le 13 février 2026 Mis à jour le 16 février 2026

Réchauffement climatique, épidémies, nucléaire, perturbateurs endocriniens, pollution des sols, etc. Il existe de nombreux sujets multi-dimensionnels non seulement scientifiques mais aussi politiques, sociaux et économiques qui semblent parfois condamnés à un traitement médiatique discontinu dans le temps, dépendant de l’actualité, et focalisé sur une dimension spécifique de la problématique, plutôt que sur un traitement plus holistique. La canicule, par exemple, est appréhendée soit à partir de considérations locales ou nationales d'ordre météorologique, soit s’inscrit dans des perspectives internationales d'ordre climatique. De même, la crise de la vache folle a été cadrée de diverses manières, tantôt comme un “problème secondaire”, tantôt “décrite avec des catégories administratives routinisées et techniques, à savoir celle d’un problème spécifiquement agricole” (Nollet, 2014), plutôt que dans une dimension globale traduisant les enjeux sociaux et éthiques de l’agriculture intensive. On pense également ici à l’articulation de la question du Covid-19 avec la question climatique ou celle des inégalités sociales qui y sont inévitablement liées.

En outre, si la crise sanitaire a provoqué un emballement médiatique, avec une couverture qu’on peut qualifier d’”information tout Covid” (Sebbah, Bousquet, Cabanac, 2022), elle a également marqué un tournant dans la mise en visibilité de la science et des travaux scientifiques par les médias dans l’espace public. La frénésie médiatique que semble avoir provoqué l’épidémie a propulsé nombre d’experts aux compétences variables et parfois approximatives sur les plateaux TV et dans les médias, mais aussi des chercheurs sommés, sur le tas, d’interpréter des recherches et des données non étayées ou en cours de validation. Le temps de la science ne correspond pas toujours au temps médiatique, et son traitement événementiel constitue un défi journalistique majeur.

Afin de se saisir de ces questions devenues centrales dans le débat public et médiatique, notre collectif a investi 20 ans de production médiatique mobilisant la “science” dans trois journaux belge, français et suisse (voir notre méthodologie décrite ci-dessous) afin d’approfondir les questions suivantes : Comment le traitement de la science (en quantité et en nature) a-t-il évolué depuis 2001 ? Quelle place occupe-t-il dans les journaux, notamment au regard de leur rubriquage ? Quelles thématiques sont transversales et récurrentes, ou au contraire spécifiques à l’un ou l’autre journal ? Le Covid-19 a-t-il favorisé un tournant dans le traitement de la science par ces journaux ? Le réchauffement climatique constitue-t-il une préoccupation dans les articles qui traitent de science ? Le nucléaire est-il davantage cadré dans ses dimensions scientifiques ou au contraire ses considérations politiques et géopolitiques ? La recherche scientifique est-elle plutôt associée à des hommes ou des femmes ?

Si nous identifions des disparités dans les thématiques abordées par les articles présentant le mot “science” dans les 3 journaux investigués, nous nous devons de constater également la grande proximité qu’il y a dans le traitement global de ces questions. La première lecture de nos analyses montre clairement que la question de la science est abordée de façon convergente par les 3 médias observés. Les thèmes, les mots, les rythmes sont en grande partie communs. Nous pourrions faire l’hypothèse de traces de cultures, de pratiques, d’identités professionnelles, de représentations sociales et professionnelles dont les axiologies ont plus en commun qu’elles ne se distinguent.

Les enseignements émanant de notre corpus et que nous proposons dans ce rapport sont une invitation à poursuivre le débat et la recherche sur le traitement médiatique de ces questions importantes, et sur ce que cela reflète de notre société démocratique. Ils visent aussi à enrichir la discussion avec les rédactions concernées par nos analyses et plus largement les médias et journalistes, afin de comprendre plus finement encore les mécanismes internes pouvant expliquer tel ou tel résultat.
 
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Autrices et Auteurs (par ordre alphabétique) : Franck Bousquet, Antonin Descampe, Intissar El Hajj Mohamed, Louis Escouflaire, Frédéric Marty, Nathalie Pignard-Cheynel, Pierre Ratinaud, Brigitte Sebbah & Panos Tsimpoukis